Février mars 2016
Organisation du colloque intitulé: « Personnes migrantes : actrices de la transversalité des luttes ? »

L’aboutissement de cette session a connu comme oeuvre emblématique la mise en place d’un colloque intitulé « Personnes migrantes : actrices de la transversalité des luttes ? », pensé et organisé par les stagiaires du Dazibao. Cette initiative est née de leur volonté à interpeller la société civile sur les réalités qu’ils vivent dans le cadre de leur procédure et, probablement, qu’ils vivront au quotidien en tant que sans-papiers en Belgique. Conscients du fait que les politiques d’asile actuelles tout comme les autres mesures d’austérité menées par le gouvernement ainsi que l’Union Européenne (accord récent avec la Turquie, réforme du chômage, des pensions, etc.) déboutent les citoyens de leurs droits fondamentaux dans une logique d’exclusion, les stagiaires ont voulu réagir en organisant un événement public qui se voulait déboucher sur des actions concrètes.
C’est dans un contexte de réactions extrêmes visant à désolidariser la société civile (attentats à Paris, puis à Bruxelles) que le colloque s’est inscrit en tant que réflexion transversale et moment d’échange sur des thématiques connexes.
Cette rencontre a réuni à la fois des personnes demandeuses d’asile et sans-papiers, des associations militantes (de Flandre et Wallonie), des membres de la Croix-Rouge et des structures syndicales afin de confronter les points de vue sur les luttes et stratégies à mener et termes d’action. Cette démarche s’inscrivait dans une série d’initiatives militantes que le Monde des Possibles soutient activement depuis 2003, et plus particulièrement dans les suites d’un projet appelé « L’école des solidarités » (formation aux droits des personnes d’origine étrangères organisée avec la FGTB et le CEPAG). L’objectif est d’envisager dans quelle mesure ces luttes peuvent trouver convergence avec d’autres personnes qui vivent aussi des logiques d’exclusions (travailleurs sans emploi, seniors, jeunes, femmes,…).
Intervenants qui étaient présents au colloque :
- Alexandre Govaerts (Jeunes FGTB)
- Rosario Marmol Perez (Acteurs des Temps Présents)
- Jan Knockaert (Organisatie voor Clandestiene Arbeidsmigranten)
- Mamadou Guisset (Voix des Sans Papiers de Liège)
- Antonio Lopez (Croix-Rouge)
Vous pouvez télécharger les actes du colloque en cliquant ici (PDF, 162 ko)








Mai juin 2016
L’Europe (si pas le monde) a les yeux rivés sur son tournoi international de football. Les grèves, guerres, mesures d’austérité politiques, délocalisations, scandales fiscaux, etc. (bref, tous les sujets qui touchent de près ou de loin les travailleurs de Belgique) semblent susciter bien moins d’intérêt qu’un simple sport qui, lui, déchaîne les foules et mobilise toutes les tranches de la population.
A travers cette série de Mèmes, les Dazibaos ont voulu dénoncer les inégalités qu’ils vivaient ou seraient amenés à connaitre en tant que travailleurs en Belgique: discrimination, restrictions, inégalités sont autant de constats relevés et dénoncés grâce aux détournements d’images trouvées sur internet. L’Euro est vu ici comme un miroir de notre société à travers les yeux des demandeurs d’asile et avec une sens critique qui vise à informer, mais surtout dénoncer.
Ces créations ont été réalisées dans le cadre de la Journée mondiale des réfugiés.
















Octobre novembre 2016
Dans le cadre de la 11e Journée des Insertions organisée par le CPAS de Liège sur le thème de l’accueil des réfugiés, le groupe Dazibao est intervenu avec l’objectif de formuler une série de revendications auprès des décideurs politiques, des acteurs sociaux ainsi que de la société civile dans son ensemble. Pour ce faire, un atelier de dessins politiques a été mené avec le dessinateur bédéiste Judey, conjointement à un atelier d’écriture dont le texte final a été lu devant l’assemblée lors de cette journée.
Vidéos des témoignages
Dessins réalisés







Atelier de dessin



Photos de l’intervention des Dazibaos et projections







Résultat de l’atelier d’écriture
« Nous, demandeurs d’asile, sommes contraints à fuir vers un pays d’accueil avec le sentiment d’être en sécurité et protégés. Ce sentiment se décrit en un seul mot : « L’ESPOIR ». Pas seulement l’espoir d’une vie meilleure, mais aussi l’espoir que le combat politique mené au quotidien par nos semblables portera un jour ses fruits. Il ne faut pas espérer dans l’attente, mais bien dans l’action.
Qui dit demandeur d’asile, dit être humain, sans distinction aucune. Qui dit demandeur d’asile, ne dit pas femmes ou hommes de mauvaise intention, voleurs de travail, profiteurs, terroristes ou autres qualifications négatives maintes fois entendues. Le mot « immigration » ne doit pas avoir une connotation négative : au contraire, elle est bénéfique en de nombreux aspects comme cela a déjà été démontré. Mais malgré tout, nous luttons, au-delà des difficultés, en revendiquant nos droits fondamentaux. Nous souhaitons nous organiser afin de garantir un traitement plus juste envers les personnes d’origine étrangère, qu’elles soient en procédure, réfugiées ou sans-papiers. Mais également pour que cela profite à tous nos semblables, du travailleur à la personne malade, de l’étudiant au pensionné, tous impactés comme nous par des politiques néolibérales générant l’exclusion.
Arrivés en Belgique il y a peu, nous nous sentons dans un pays d’égalité. Mais parfois, l’espoir devient illusion. La réalité devient contraire à celle imaginée. Contraint à une longue procédure, nous nous retrouvons soit avec un statut de réfugié, soit avec un ordre de quitter le territoire, dans la moitié des cas.
Nous, réfugiés, personnes demandeuses d’asile et sans-papiers, rencontrons également d’autres discriminations que celles liées à notre situation. Théo Francken et son parti semblent nous considérer comme la misère du monde, nous vulnérabilisent avec des lois qui nous privent de notre liberté à bien des égards : travail, formation et logement, entre autres. Aujourd’hui, en Belgique, on estime entre 150.000 et 200.000 le nombre de personnes sans-papiers, c’est-à-dire en séjour illégal. Ces politiques d’exclusion entrainent donc le travail au noir, la clandestinité et profite aux employeurs et marchands de sommeil peu scrupuleux, ce qui constitue un déficit socio-économique pour le pays.
En tant que demandeurs d’asiles, nous ne sommes pas responsables de notre passé mais bien de notre présent et notre futur. Il est grand temps de considérer les populations impactées par ces politiques néolibérales comme des individus à part entière. En effet, selon l’UCL, l’impact de l’immigration « serait positif et correspondrait à 0,5 % du PIB, soit environ 2 milliards d’euros». Dès lors, pourquoi cette discrimination ?
Chers étudiants, responsables politiques, chercheurs et citoyens avant tout, il est question aujourd’hui de sortir des préjugés afin de faire place à une identité unique et une cause commune : l’organisation collective de nos savoirs et pouvoirs afin d’être représentés politiquement. Luttons ensemble pour plus de solidarité et de liberté pour tous, en ce compris les minorités dont nous faisons partie.
Nous revendiquons :
La généralisation des cours de citoyenneté ou de leur transversalité dans les programmes officiels à l’école, dès le niveau primaire, en vue d’éradiquer les préjugés à l’égard des migrants. Former des citoyens, c’est un enjeu capital pour l’avenir.
- La suppression des centres fermés ;
- L’intégration des sans-papiers qui, pour la plupart, n’ont d’autre choix que de rester, au lieu de les exclure en fermant les yeux sur cette réalité grandissante.
- L’obtention d’un permis de travail non lié au permis de séjour ;
- Un réel suivi social et juridique tout au long de la procédure, sans quoi celle-ci nous est défavorable
- L’acquisition d’une meilleure connaissance à l’égard de nos droits et devoirs à travers les formations ;
- L’accès aux études et formations sans être contraint aux conditions de séjour ;
- Le droit au travail des sans-papiers et la protection de ceux-ci en tant que travailleurs. »
Ce texte a été édité par les Territoires de la Mémoire et figure dans le livre « Discriminations et toi? et moi? »
Lecture du texte « Pro Pacem » de Jordi Savall
« Non seulement chaque partie du monde fait de plus en plus partie du monde, mais le monde en tant que tout est de plus en plus présent en chacune de ses parties. Cela se vérifie, non seulement pour les nations et les peuples, mais aussi pour les individus. De même que chaque point d’un hologramme contient l’information du tout dont il fait partie, de même désormais chaque individu reçoit en lui ou consomme les informations et les substances venant de tout l’univers. Ainsi l’Européen s’éveille chaque matin en ouvrant sa radio japonaise et en reçoit les événements du monde ; éruptions volcaniques, tremblements de terre, coups d’Etat, conférences internationales lui arrivent pendant qu’il prend son thé de Ceylan, Inde ou Chine, à moins que ce ne soit un moka d’Ethiopie ou un arabica d’Amérique latine ; il plonge dans un bain moussant d’huiles tahitiennes et utilise un after-shave aux senteurs exotiques ; il met son tricot, son slip et sa chemise faits en coton d’Egypte ou d’Inde ; il revêt veste et pantalon en laine d’Australie, traitée à Manchester puis Roubaix-Tourcoing, ou bien un blouson de cuir venu de Chine sur un jean style USA. Sa montre est suisse ou japonaise… Il peut écouter chez lui une symphonie allemande dirigée par un chef coréen… L’Africain dans son bidonville n’est pas dans ce circuit planétaire de confort, mais il est également dans le circuit planétaire. Il subit dans sa vie quotidienne les contrecoups du marché mondial qui affectent les cours du cacao, du sucre, des matières premières que produit son pays. Il a été chassé de son village par des processus mondialisés issus de l’Occident, notamment les progrès de la monoculture industrielle ; de paysan autosuffisant il est devenu un suburbain en quête d’un salaire ; ses besoins sont désormais traduits en termes monétaires. Il aspire au bien-être. Il utilise la vaisselle d’aluminium ou de plastique, boit de la bière ou du Coca-Cola. Il couche sur des feuilles récupérées de mousse polystyrène, et porte des tee-shirts imprimés à l’américaine… Cet africain, devenu objet du marché mondial, est devenu aussi sujet d’un Etat formé sur le modèle occidental. Ainsi, pour le meilleur et le pire, chacun de nous, riche ou pauvre, porte en lui, sans le savoir, la planète toute entière. La mondialisation est à la fois évidente, subconsciente, omniprésente ». (TP-93)
