SESSION DE MAI/JUIN 2021
UN PODCAST POUR DIRE ET FAIRE ENTENDRE L‘ASILE
Cette session hybride du Dazibao (NTIC et après-centre) a bénéficié des apports d’un groupe soucieux de partager son expérience en dehors des murs de la formation, en prenant directement la parole dans le cadre d’enregistrements sonores de témoignages individuels.
Avant de réaliser ces captations, le groupe s’est imprégné d’informations concrètes relatives à la politique migratoire, dans l’objectif de se placer dans une approche aussi universaliste que possible, pour que le podcast final puisse susciter l’identification même chez des personnes a priori éloignées des réalités des réfugiés. Les différents intervenants du Dazibao ont apporté leur pierre à l’édifice, en questionnant à travers des thématiques différentes les rapports de pouvoirs qui gravitent autour des questions d’exil : accès à un titre de séjour – inévitablement -, mais aussi à l’emploi, à la santé, au logement, à la vie affective et à la culture. Dans une visée réaliste, chaque apport théorique a été organisé pour déboucher sur un débat/échange d’idées mené par le groupe, combinant 3 expériences éventuelles : le passage par la demande de protection internationale (pas forcément garantie pour certains participant.e.s frappé.e.s d’une reprise “Dublin” et donc susceptibles d’être déportés), le statut de réfugié/protection subsidiaire, la perte/l’absence de statut de séjour (et donc devenir sans-papiers). L’idée étant de se projeter dans l’une de ces 3 possibles réalités pour, à la fois, se préparer individuellement à y faire face, et comprendre les dynamiques de luttes collectives en faveur de l’accès aux droits des personnes migrantes pour être en capacité de s’y associer pleinement.
Dans un second temps, les participants ont préparé ensemble les contenus à partager dans le cadre des témoignages, sur la base de 2 questions établies par le groupe :
- En tant que demandeur.se.s de protection internationale, que souhaite-t-on faire savoir aux belges de notre réalité ?
Cette question répond à une volonté du collectif de participer à une approche pédagogique, en fournissant au grand public des explications sur les étapes de la procédure d’asile racontées par des personnes les ayant traversées.
- Quelle est notre place, nous, demandeur.se.s d’asile, dans notre nouveau pays, la Belgique ?
Comme dans l’ensemble des sessions, les participant.e.s au Dazibao présentent des profils très différents, des individus que seule la procédure d’asile réunit – souvent durablement. Le groupe a ainsi souhaité aller au-delà de leur situation actuelle, pour faire valoir le caractère transitoire du parcours migratoire : “ici, c’est notre nouveau pays”. Les personnes en exil arrivent en Belgique force d’expériences de vie, professionnelle, de culture et de projets. Par cette seconde question, les participants ont souhaité se montrer comme des citoyens de la Belgique, au même titre que n’importe quel habitant sur le territoire, avec une volonté affirmée de trouver sa place dans cette société d’accueil. Les témoignages d’une personne réfugiée et d’une personne sans titre de séjour ont considérablement alimenté et favorisé cette réflexion.
Les enregistrements ont eu lieu dans un cadre intimiste, au bureau social du Monde des Possibles ; Kevin Cocco a assuré les captations sonores, tandis que Pauline Mallet a initié et encadré la discussion. Ces podcasts feront l’objet d’une diffusion à travers nos canaux médiatiques afin d’interpeller la société civile sur les réalités qui sous-tendent les parcours migratoires. L’objectif de ces créations consiste également à initier une réflexion sur les choix politiques (asile, emploi, etc.) qui génèrent ces situations difficiles. Dans ce cas précis, la méthode du récit enregistré relate les parcours de vie et favorise la mise en œuvre d’une réflexion sur soi-même pour chacun des participants : au niveau individuel, la conscientisation que propose cette réflexion sur la situation que vivent les participants et des politiques qui y ont trait les invitent à se décentrer un moment par rapport aux formes d’exclusion qu’ils subissent et de faire un premier pas vers une transformation sociale (en proposant des solutions concrètes, en partageant leur vision de la Belgique avec les auditeurs). Ces podcasts s’intègrent pleinement dans la philosophie du Dazibao qui depuis toujours a pour but de construire chez ses participants, par le biais de l’Education Permanente, une conscience subjective (conscientisation) ainsi que sa structuration objective (réalisations concrètes d’interpellation). Ces créations trouveront échos également dans nos événements publics car ils incarnent à eux seuls une synthèse des principes de notre association.
SESSION D’OCTOBRE 2021
“JE VIENS DE LOIN… AVEC MON BAGAGE”
A partir de cette session d’octobre, l’équipe a choisi de faire un lien significatif avec le projet Bibliosphères (Voir le volet Bibliosphères du présent rapport).
Une réflexion autour de l’identité a été proposée à partir de quelques activités d’interaction dans le groupe et de création personnelle. Les résultats ont alimenté une petite expo : « Je viens de loin … avec mon bagage ». Le travail a été organisé en deux parties : une première où les personnes étaient invitées à témoigner de quelques éléments de leur vie et de leur contexte migratoire ; une seconde où elles étaient plutôt encouragées à mettre en évidence ce qu’elles amènent avec elles (savoirs, expériences, enseignements, rêves, projets, idées, …). Dans la réalisation de l’affiche à la main, des magazines ont été mises à disposition ainsi que des feuilles de couleurs et tout le matériel utile à ce genre de bricolage. La prise de photos des participant.e.s et leurs impressions a permis de personnaliser d’avantage l’affiche témoignage avec un choix réfléchi sur l’utilisation des portraits : leurs dimensions, leur place sur l’affiche, l’entièreté ou une partie du visage, …





Les échanges ont été très riches et touchants tant dans la partie témoignage que dans celle plus de projection. Pour ce qui est des choix autobiographiques à partager, un accompagnement a été nécessaire dans l’aide à la rédaction pour certaines personnes, très motivées à mettre par écrit quelques informations de leur histoire mais infra-scolarisées et non autonomes pour ce genre de tâche.
Dans la partie de création numérique, les participant.e.s ont apprécié le fait de pouvoir s’exercer, découvrir, tester et pratiquer l’informatique. Relativement aux contenus, en général, les personnes ont eu tendance à se sous-estimer et exprimer des rêves d’une simplicité presque émouvante. Un travail de valorisation de leurs atouts, qualités, talents a marqué plusieurs heures avec le groupe car les participant.e.s n’étaient pas conscient.e.s de tout ce qu’ils.elles pourraient offrir au-delà du domaine professionnel et de la force de travail. Ce constat important aurait pu alimenter bien plus d’analyses critiques mais il n’y a pas eu le temps de creuser cet aspect significatif du processus d’inclusion qui vivent les personnes migrantes. Dans les sessions suivantes (surtout en 2022), d’autres choix ont été effectués afin d’assurer un temps et un espace adéquats pour échanger autour des enjeux liés à la vie en Belgique en tant que terre d’accueil.
Malheureusement, les restrictions sanitaires toujours d’actualité ont limité les possibilités d’action quant à la rencontre avec d’autres publics.
La satisfaction de voir les affiches accrochées, les textes des témoignages et les affiches numériques imprimés a concrétisé le sens du projet pour les participant.e.s et clôturé le processus rapide mais intense mis en place.





SESSION DE NOVEMBRE 2021
“SI J’ÉTAIS”
Lors de la session de novembre, le processus de récolte de témoignages entamé avec le groupe précédent aurait voulu être l’objectif principal du projet. C’est pourquoi des activités issues d’ateliers d’écriture ont été proposées afin d’amorcer la démarche, et le projet Bibliosphères a été présenté comme possibilité d’alimenter des ressources interculturelles à disposition des participant.e.s du Monde des Possibles. Pour cause de maladie, l’intervenante qui aurait dû assurer ce travail a été remplacée et l’activité modifiée. Le groupe a été invité à aller voir l’expo World Press Photo à la Cité Miroir : les sujets des photos concernaient les bouleversements vécus dans le monde suite ou pendant la crise du Covid-19. Ce thème a évidemment fait écho auprès des participant.e.s qui ont eu l’occasion de questionner quelques problématiques socio-politiques et prendre du recul pour une vision globale des thématiques abordées par les photos de l’expo.
Le Dazibao est un projet extraordinaire avec beaucoup de potentiel et répondant à un vrai besoin. Avec le public cible Dazibao il est possible accéder aux divers niveaux de la participation comme outil de citoyenneté active et démocratique : l’information, la consultation, la co-construction et la décision1. La difficulté actuelle dans le développement des sessions de formation réside sur la multiplicité des intervenant.e.s qui déforce le projet dans son action potentielle. Cette multitude d’intervenant.e.s ne se justifie pas seulement par la recherche d’expert.e.s pour aborder certains sujets spécifiques mais aussi par le partage du projet entre plusieurs collègues afin de le garder malgré des temps de travail bien remplis ; ce qui alimente facilement d’autres questions vis-à-vis des priorités à attribuer aux actions souhaitées. Mais, est-il toujours possible que la qualité triomphe sur l’urgence quand des besoins sont là et des gens réclament des opportunités de formation et d’échange ? Comment évaluer la qualité de l’équilibre exercé entre les engagements du travail de première ligne et la réponse donnée via des offres de formations/projets ? Dans l’éducation permanente, tout processus de co-construction demande temps, soin, écoute. Faudrait-il s’orienter vers des personnes déjà sensibilisées à certains enjeux ? Ne seraient pas les personnes qui n’ont jamais été habituées à une autonomie de pensée, celles qui auraient le plus besoin d’un accompagnement vers l’identification des sources d’oppression ? Concilier tout ça et trouver des pistes de solution représente un travail réflexif et pragmatique que nous menons en équipe régulièrement et qui nous mène à changer de temps à autres la formule de la formation, à tester des options et évaluer les résultats de ces changements.
