Dazibao 2022

Mars 2022

CHEZ SOI 

Lors de cette édition, plusieurs activités ont été réalisées dans le cadre du projet Bibliosphères – bibliothèque interculturelle du Monde des Possibles. La nature des activités proposées était de trois types : des ateliers philo, un focus groupe et un spectacle de théâtre. 

La culture, au sens large, représentait le fil rouge dans la mesure où les échanges entre les participant.e.s touchaient les droits culturels ou la démocratie culturelle. Premièrement, en collaboration avec Philocité, trois ateliers ont été animés et la thématique de l’habiter a été questionnée. Il a été choisi de se focaliser sur le droit au logement en l’analysant sous l’angle du “chez soi” dans un sens existentiel. Le groupe a participé activement aux animations et la progression de la manière de penser, individuellement et collectivement, a pu être observée et reconnue par les mêmes participant.e.s. Des exercices à réaliser par deux ont souvent marqué le rythme des séances en s’alternant aux moments de réflexion collective. 

Deuxièmement, le groupe a été invité à participer au focus groupe sur le rôle de l’art et de la culture dans l’intégration des personnes migrantes, en collaboration avec Diesis network dans le cadre du projet InCreate. Le focus group était organisé en trois parties principales : présentation des objectifs du groupe de discussion, notes sur l’utilisation des informations fournies au cours du focus group et présentation en table ronde des participant.e.s ; discussion autour du rôle de l’art dans l’inclusion en Belgique ; conclusions, présentation de l’enquête et prochaines étapes. La discussion a porté sur les aspects suivants : les difficultés liées à l’intégration en Belgique, les obstacles auxquels les personnes ressortissantes des pays tiers sont confrontées dans l’accès et l’expression des activités artistiques et culturelles, la présence d’activités artistiques et culturelles dans les formations qui leur ont été proposées ou qu’ils ont suivies, les besoins qui leur manquent pour accéder et exprimer davantage la culture. 

Troisièmement, les participant.e.s se sont rendu.e.s au Théâtre de Liège pour voir le spectacle Kosmos, suivi d’un débat interculturel cogéré avec le service animation du Théâtre de Liège. Cette activité a été réalisée en transversalité avec les personnes intéressées par le projet Bibliosphères et participant aux actions proposées régulièrement dans le cadre de la bibliothèque interculturelle (voir rapport de Chiara Giacometti à propos du projet Bibliosphères). Les questions formulées par le groupe partaient du sujet du spectacle théâtrale (la mythologie) pour ensuite s’aventurer dans des questions reconnues par les participant.e.s comme philosophiques : qu’il y a-t-il derrière la mythologie ? Quelle philosophie, manière de lire la réalité ? Quelles influences construisent l’histoire connue ? Pourquoi certaines philosophies seraient connues plus que d’autres ? Qu’est-ce qui fait qu’une idéologie, théorie, philosophie soit transmise et une autre perdue ?  

Juin 2022

Nos cultures à partager. La richesse de nos cultures. 

Le groupe s’est interrogé sur la culture : Qu’est-ce qui fait que vous êtes qui vous êtes aujourd’hui ? Quels apprentissages ont été fondamentaux pour vous ? Quels sont les éléments de votre culture que vous trouvez essentiels ? Si vous deviez choisir un élément à transmettre à quelqu’un, qu’est-ce que cela serait ? Que voudriez-vous faire connaitre aux personnes, à l’autre en général ?  

A partir de ce questionnement et des nombreux échanges, chaque participant.e.s à travaillé à la présentation de l’élément choisi : des danses traditionnelles de la Côte d’Ivoire, la poésie pastorale burundaise, l’histoire de Marie Muilu, des proverbes djiboutiens en langue afar, une chanson togolaise, des recettes congolaises. Le groupe suivait le développement du projet de chacun.e et apportait des conseils bienveillants pour améliorer la présentation. Celle-ci a eu lieu avec le groupe FIC (Formation à l’Intégration Citoyenne) suite à un exercice pour faire connaissance. Chaque réalisation a été accueillie avec curiosité et respect et des questions de la part du public ont enrichit ce moment : pour plusieurs personnes, il s’agissait de la première fois qu’elles entendaient parler des aspects culturels présentés ; pour d’autres, le partage a permis de donner un avis, d’approfondir et de se reconnaitre dans la présentation. 

Juillet 2022

DANS MA VALISE, VOYAGE ENTRE 2 CULTURES 

L’expérience du Dazibao nous confirme que le témoignage, l’échange et la rencontre avec des personnes migrantes constituent le média le plus efficace pour favoriser l’inclusion d’un côté et l’ouverture de l’autre. Lors de cette session du Dazibao, nous avons aménagé dans un premier temps une rencontre avec un groupe de graphistes en herbe de Haute Résolution (comme déjà expérimenté fin 2019 avec l’exposition “Systèmes” et le groupe Redém’arts), l’idée étant d’évaluer ce qui en ressortirait spontanément autour d’une question focale : “ce que je souhaite partager de mon pays d’origine et de mon pays d’accueil”. Ces échanges ont permis d’aborder de façon “positive” la question de la migration, en favorisant les échanges interculturels, la compréhension mutuelle et l’expression artistique tout en créant un espace d’apprentissage et de découverte mutuelle.

Octobre 2022

Fuir pour des motifs d’OSIG : demandeurs d’asile LGBTQIA+, vous êtes les bienvenu.e.s, uniSONous ! 

De nombreuses personnes LGBTQIA+ quittent leur pays parce qu’elles sont persécutées, discriminées et/ou abusées en raison de leur orientation sexuelle et/ou de leur identité et expression de genre, mais leurs difficultés ne s’arrêtent pas à la frontière de leur pays d’origine. Les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre (OSIG) figurent parmi les causes des demandes d’asile en Belgique, et sont reconnues comme un motif de protection internationale.  

Ces réfugiés sont accueillis au Monde des Possibles comme dans de nombreux autres services et associations de la ville. Ils et elles rencontrent des difficultés spécifiques, qui viennent s’ajouter aux problématiques rencontrées par les migrants dans leur installation en Belgique : déqualification et isolement social, difficulté d’accéder aux informations en raison de la langue, troubles liés au syndrome du stress post-traumatique, etc. La discrimination, l’homophobie, la transphobie, viennent s’ajouter à ces obstacles à une inclusion durable. Ces réalités traversent les actions du Monde des Possibles, auxquelles l’association tente de répondre du niveau individuel – via les permanences juridiques et sociales – au niveau collectif – à travers des actions d’éducation permanente. 

La session Dazibao d’octobre 2022 s’est inscrite dans le projet uniSONous mis en place par le service d’interprètes en milieu social et de la Maison Arc-en-Ciel de Liège, en réunissant un groupe de demandeur d’asile ayant fui leur pays pour des motifs d’OSIG. Ce Dazibao thématique a permis d’aborder dans un cadre sécurisé les problématiques spécifiques vécues par des demandeurs de protection internationale LGBTQIA+ : discriminations au sein des centres d’accueil, difficultés à se sentir en confiance pour aborder son récit d’asile, peur du rejet de la part de sa communauté, méconnaissance des dispositifs d’accès à la santé, etc. 

Le questionnement du groupe s’est rapidement porté sur un paradoxe : comment sensibiliser les pairs au sein des centres d’accueil pour demandeurs d’asile, sans pour autant s’exposer personnellement (et donc se mettre potentiellement en danger) ? Simultanément à la session Dazibao, un groupe de stagiaires en arts numériques de la formation Haute Résolution évoluait également dans les locaux du Monde des Possibles. Les 2 groupes se sont réunis une première fois pour faire connaissance, et rencontrer leurs intérêts : d’un côté, le souhait de lutter contre les discriminations faites aux personnes migrantes LGBTQIA+ ; de l’autre, la volonté d’améliorer la maîtrise de logiciels graphiques. Cette première rencontre a permis à des publics éloignés de se rencontrer autour d’un projet commun qui s’est rapidement dessiné : élaborer ensemble des affiches reprenant des slogans anti-discrimination. La thématique LGBTQIA+ n’a pas été immédiatement abordée ; une période de construction d’un lien de confiance a été nécessaire pour que les principaux intéressés se livrent. Les premières affiches se sont donc centrées sur la lutte anti-raciste. Ce n’est qu’au fil des séances que les Dazibao ont abordé ces questions, pour solliciter les talents graphiques des participants de Haute Résolution pour des affiches sur la thématiques LGBTQIA+.  

Les Dazibao ont donc décrit leur réalité et ce qu’ils souhaitaient exprimer aux graphistes en herbe, qui ont tenté de transformer leurs souhaits en affiches. Pour sortir des murs, les 2 groupes ont organisé une exposition au Cultivarium, à deux pas du Monde des Possibles : une boutique culturelle d’objets de seconde main, un lieu de culture ouvert à tous et disposant d’une salle d’exposition originale. Les participants ont présenté leur travail et le message qu’ils souhaitaient faire passer, dans une ambiance de partage réunissant un public d’horizons différents.  

Parce que l’homophobie n’est pas une opinion mais un délit, ce combat pour l’égalité dépasse les frontières et nous concerne toutes et tous.  

Télécharger le livret uniSONous qui reprend une partie de ces affiches et du processus.

Novembre 2022

ECHO DES PLUMES

La dernière session s’est construite autour du droit du séjour. Le projet collectif s’est développé via une approche artistique prise en charge par Jackson MUHINDO, comédien, musicien, formateur et ancien participant Dazibao. Le “séjour” a été exploré d’un point de vue juridique et institutionnel par les séances d’information spécifiques et d’un point de vue artistique en libérant la parole des participant.e.s et en l’orientant vers la formulation de revendications collectives. Le processus théâtral mis en place à cette fin a amené graduellement les participant.e.s à s’approprier artistiquement de l’expression écrite de leurs messages. La mise en scène préparée pour le dernier jour de la formation a été coconstruite avec les contributions de tout le groupe et a pris forme sous les conseils de l’intervenant. La restitution a été précédée par une autre mise en scène préparée par le groupe des lundis Bibliosphères (voir rapport de Chiara Giacometti) sur le thème de l’exil et du départ. Pour ce groupe, il s’agissait du filage en vue de la journée des migrant.e.s. Les deux groupes se sont ainsi soutenus et les Dazibao ont été fort encouragé.e.s à voir des personnes non francophones (et en apprentissage FLE) se lancer dans la prise de parole en public avec un déroulement théâtrale structurant l’intervention scénique des participant.e.s Bibliosphères. Les collègues du MDP étaient présent.e.s en tant que public pour que les Dazibao soient assez en sécurité dans la représentation. En effet, pour la majorité des personnes, il s’agissait de la première fois où ils/elles faisaient du théâtre : ce point est absolument important à prendre en considération car il faut un temps de maturation et de pratique pour que l’acteur.rice soit prêt.e et un minimum à l’aise sur scène. Ce type de travail demande une certaine rigueur et assiduité : or, le public Dazibao, en détresse et dans l’incertitude au quotidien, n’aurait pas pu assurer l’engagement dans le projet artistique sous une autre formule que les deux semaines de formation intensives proposées. A la proposition de reproduire la mise en scène lors de la journée des migrant.e.s en décembre, l’enthousiasme initial s’est confronté aux difficultés quotidiennes rencontrées par les participant.e.s et finalement, le groupe n’a pas reproduit son travail une deuxième fois. Seulement quelques personnes étaient présentes et une participante, qui par contre n’avait pas pu prendre part à la restitution du dernier jour, a fait la surprise de préparer une chanson avec l’intervenant artistique et la chanter comme cadeau pour le public présent. 

Il est important de souligner la pertinence du choix de l’intervenant qui, avec l’expérience de son tout récent parcours migratoire, a facilité l’expression des personnes en les comprenant et en sélectionnant avec tact les exercices à proposer. Sa formation théâtrale associée à son expérience de formateur ont servi le double objectif de création artistique et regard critique sur les contenus produits et travaillés. Par exemple, après chaque exercice, l’intervenant invitait le groupe à s’exprimer individuellement sur ses ressentis et ce partage régulier a favori le développement d’une dynamique de groupe constructive et à l’écoute.