Février 2023
Témoignages des parents:
« L’école pour moi, c’est l’enfer ! Le système était très rigoureux, très sévère et très dur ! Surtout en hiver, je me souviens des engelures, le froid, … C’était terrible ! »
Pour moi l’école c’était l’enfer. Je n’ai jamais aimé y aller parce que tout simplement ce que j’y apprenais ne me servait à rien. Les cours ne me disaient rien et j’avais l’impression que je n’avançais pas. Je ne comprenais rien à rien dans aucune matière. Je savais que ma place n’était pas dans cette école où on apprenait assis derrière une table sur laquelle il y avait un petit cahier et un Bic avec lequel nous écrivions et lisions les mêmes phrases, les mêmes textes et nous parlions de la même chose.
Moi je voulais faire autre chose. Les études dans la Défense et une formation militaire m’intéressaient beaucoup, mais mon père n’a jamais voulu comprendre que je ne suis pas comme mes frères et sœurs qui ont fait des études et eu des diplômes universitaires.
Après le départ de ma maman, tout a changé pour moi. J’ai senti un grand vide et j’ai voulu m’échapper de cet endroit où ma maman n’y était plus. La vie m’a appris beaucoup de choses. Pour moi la vie est une grande école où nous apprenons beaucoup plus de choses qu’en étant dans une classe entre quatre murs avec un professeur qui ne comprend même pas ce qu’il fiche à l’école.
‘’ La mallette est quelque chose de très important pour l’enfant. Je dirais même un territoire absolument inviolable de l’enfant. Il y met des choses qui échappent à l’attention des adultes.’’
J’ai de bons souvenirs de l’école primaire et secondaire. C’est à l’école que j’ai appris à être responsable, autonome et à être moi-même. J’ai appris à respecter les règles de vie mais aussi à les faire pour le bien-être de tout le monde.
La mallette c’était mon territoire que j’ai toujours défendu contre qui que ce soit : mes parents, mes frères, mes professeurs·es, mes copains·es… parce que dans ma mallette je mettais tout ce qui m’appartenait. Ma mallette et mon sac à main, plus tard dans le secondaire, étaient un objet personnel qui doit être respecté par les autres et protégé par moi-même.
Aujourd’hui, avec mon fils, qui est en secondaire, je tiens toujours à mon idée et je considère sa mallette comme en étant un objet qui est à lui seul et qui ne doit pas être partagé avec personne d’autre y compris moi, sa maman. Je n’ai jamais fouillé dans son sac parce que c’est son territoire.
Autre témoignage :
Je me souviens surtout de ma mallette qui était beaucoup plus grande et lourde que moi. Quand j’étais enfant, j’étais petite et très maigre. Je mettais tous mes affaires dans ma mallette : mes cahiers et manuels de toutes les matières, mon plumier, mon ardoise… parce que j’avais peur d’oublier quelque chose. Tout le monde se moquait de moi (mes copains, tantes, …). Mais, moi je m’en foutais de leurs moqueries. Je me stressais et m’angoissais souvent. Je savais que si j’oubliais quelque chose à la maison mon professeur allait me punir, me frapper, me crier dessus… Les professeurs étaient presque tous violents.
‘’ Je me souviens d’un directeur qui nous disait toujours : « les élèves qui auront le bac rouleront en bagnole et ceux qui ne réussissent pas se promèneront à pied. »
Cette phrase me fait penser à mon professeur de math en secondaire qui nous disait la même chose et cela nous encourageait et incitait à travailler beaucoup plus.
Pour moi, il faut de temps en temps secouer les enfants et les jeunes pour qu’ils se rendent compte de l’importance de l’école, d’être instruit, d’acquérir de nouvelles connaissances… Apprendre ça pourrait être compliqué et dur pour certains enfants mais ça enrichit notre esprit en le rendant actif et vif.
« Dans mon école on frappait les élèves. Les professeurs nous donnaient des coups de diapason sur la tête. C’était pour nous faire travailler et apprendre, mais moi cela ne me faisait pas travailler et non plus apprendre. ‘’
Quand je pense à cette époque de mon enfance à l’école dans mon pays d’origine j’ai la chair de poule.
À mon âge, je ressens encore cette peur qui me prend aux tripes, ce stress qui me déstabilise… Je n’ai jamais aimé l’école. Même s’il y avait des professeurs gentils il y en avait d’autres qui faisaient des choses délirantes et absurdes. Le professeur est Monsieur sait tout et fait-tout… Il dit toujours la vérité et il a toujours raison même s’il est imbécile.
Un jour dont je me souviens encore comme si c’était hier, j’étais assise à côté d’un garçon et je ne me rappelle pas ce qu’il avait fait comme bêtise. Mais en résumé, c’était une bêtise suite à laquelle il a été puni. Je n’oublierai jamais cette punition. Le professeur l’a pris violemment par l’épaule pour l’emmener derrière au coin. Il nous a demandé de ne pas retourner, puis, il lui a demandé de baisser son pantalon et se tenir debout, tourné vers le mur (le coin) pour réfléchir à son acte et ne plus recommencer. Il est resté pantalon baissé au coin toute la matinée. Moi je sentais mon cœur qui battait très fort. J’avais mal partout : à l’estomac, à la tête. Mes genoux et mes mains tremblaient… C’était humiliant, douloureux, triste, méprisant… Quand j’y pense aujourd’hui je ressens de la colère.
‘’ Je me souviens de mes copains de classe, surtout ceux qui avaient toujours la gomme nouvelle, la belle gomme, la plus extraordinaire et chère à l’époque.’’
J’étais différent des autres enfants. J’étais en surpoids / très maigre, je ne portais pas de vêtements de marque. Mes amis rigolaient toujours de moi.’’
Mes copains de classe m’ont toujours marqué, surtout ceux dont les parents étaient des émigrés. Ceux-ci apportaient le matériel scolaire à leurs enfants de l’Europe. Ils avaient donc de belle gommes et lattes et de beaux Bics, plumiers et cartables… avec souvent des dessins de personnages de dessins-animés, comme Goldorak, Maya l’abeille… Un jour dont je me rappelle très bien, j’ai volé une gomme à une copine. J’étais une enfant et l’envie d’avoir les choses était beaucoup plus forte que ma raison. Il y ‘avait beaucoup des inégalités sociales dans les écoles dans mon pays d’origine. Les premiers rangs étaient souvent réservés pour les enfants dont les parents étaient diplômés et occupaient des postes importants (ingénieurs, employés, directeurs…). Puis il y avait les rangs occupés par les enfants d’émigrés et en dernier les enfants d’ouvriers et la classe basse de la société dont les parents étaient infrascolarisés et souvent sans emploi.
Ici en Belgique, nous revivons les mêmes inégalités mais autrement. Nous nous retrouvons devant les mêmes problèmes mais qui sont expliqués, dit, vécus autrement. Nos enfants sont souvent en dernier rang parce qu’ils sont issus de la migration. C’est-à-dire nos enfants. C’est dur de dire ça mais ce qui est le plus dur c’est le vivre. Nous vivons avec ce sentiment de faire partie d’un groupe ou plutôt une classe sociale qui est toujours inférieure à une autre représentée par ces parents qui ne sont pas des migrants. Je ne sais pas, mais personnellement je me pose beaucoup de question par rapport à l’avenir de nos enfants et nous-mêmes. La langue nous l’apprenons, l’inclusion dans la société nous essayons de trouver notre place, nos enfants nous les élevons pour qu’ils soient de bons citoyens mais nous nous retrouvons bloqués entre ce que nous voulons faire et être et ce que les autres attendent de nous ou plutôt veulent nous imposer à faire.
L’école est l’endroit où j’allais pour m’amuser, voir mes amis et jouer avec eux. C’était vraiment bien l’enfance à l’école.
J’étais un élève indiscipliné mais j’aimais beaucoup aller à l’école.
‘’ j’étais indisciplinée mais j’aimais aller à l’école. Je n’aimais pas les règles et l’ordre… J’étais une enfant qui voulait s’envoler dans son petit monde pour vivre sans réfléchir. À l’école j’étais difficile et je n’obéissais jamais mes professeurs mais je me sentais bien. Je n’ai jamais eu un sentiment de remord ou regret. J’étais hors loi et j’en étais fière. Aujourd’hui, je ne veux pas que mes enfants soient comme moi. Je leur dis toujours que nous sommes chez les gens ici en Belgique et on doit les respecter. Ici ce n’est pas chez nous et les règles ne sont pas les nôtres.
Parfois, je ne comprenais pas ce que je fichais à l’école parce que je ne produisais pas de résultat.
Moi j’aimais l’école mais j’ai dû arrêter d’y aller à l’âge de 12 ans pour aller travailler. Ma famille avait besoin de moi. Je ne pouvais pas continuer d’aller à l’école, je travaillais toute la journée. Dans mon pays ce n’est pas comme ici, il n’y a pas d’obligation scolaire et donc les enfants arrêtent souvent l’école vers l’âge de 8/10 ans pour prendre la responsabilité et nourrir leur famille. Économiquement c’est très difficile pour les parents de tenir le coup.
Juin 2023
Court-métrage : Mon passé pour demain.
Ce film a été réalisé dans le cadre d’ateliers dispensés par Le Monde des Possibles à Liège. Les participants de la formation Dazibao, pour l’accès aux droits des personnes étrangères, se sont réunis avec les stagiaires de la formation en audiovisuel Redém’arts. Ce projet a été réalisé en cinq jours. Dirigé par Victorine MICHEL
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Novembre 2023 – Atelier affiches

































